Les enfants sur l’espace public (2)

 Qu’est ce qui a changé dans la société ?
  1. La précarisation. Avant chacun avait une place dans ce milieu. Jusqu’en 1970, l’avenir n’était pas un problème, mais parfois ce côté de “reproduction” était insupportable. Aujourd’hui, même les classes moyennes sont dans l’incapacité d’assurer un avenir à leurs enfants. Il est impossible de se projeter dans un avenir commun. La peur circule sans arrêt et fait des ravages.
  2. Le déclin des institutions : école hôpital, poste,… Dubet dit “les institutions faisaient autorité d’elles même.” Aujourd’hui l’école n’a plus de sens. Avant on disait “c’est l’école”. Aujourd’hui il faut chercher à savoir ce que l’enfant attend de l’école. Il faut soigner, enseigner et donner du sens à l’occasion de chaque rencontre. C’est vachement fatigant, c’est usant, c’est passionnant ! Cette institution était archaïque, violente; il n’est pas fondé de la regretter. La famille patriarcale, était-ce mieux ?  Le retour en arrière est impossible et injustifié. Aujourd’hui on peut remettre en cause les places des uns et des autres. Cela s’ajoute à notre précarité : nous ne nous sommes pas enrichis, nous travaillons dans des structures qui ont fait le choix de limiter la marge d’autonomie et de liberté des acteurs. Les actions sont cloisonnées et les professionnels empêchés.
  3.  L’espace public, pour nous est un espace de liberté; on peut s’affranchir, travailler avec tous les enfants quelque soit leur âge. On inverse la perspective. Travailler à ce que l’inconditionnalité soit reconnue. Dehors, je compose, je n’accueille plus, je n’enregistre pas un usager de plus. Je suis accueilli par un espace et c’est inconfortable ! Accueillir, c’est confortable. Dehors, on rejoint l’autre; on perd tous ses privilèges. Souvent les enfants ne viennent pas parce que je suis dans un espace contrôlé. On nomme les problèmes des gens à partir de son institution. C’est un problème de lien, d’itinéraire.
  4. Avant , il y avait le métier, vous y restiez jusqu’à la retraite, vous faisiez carrière, dans une profession. Aujourd’hui reste l’activité, avec des statuts qui vont évoluer. Comment crée t-on de la richesse ?  Nous cherchons des modèles qui sortent de la logique du modèle capitaliste de rentabilité. Et peut-être que le prix de la pomme de terre produite dans le jardin partagé, cuisinée ensemble n’est pas compétitive mais lui donne une énorme valeur. C’est une richesse sociale, éducative et de santé publique. Travailler et faire avec, malgré le dumping social. Se faire reconnaître comme une richesse. Face à ces nouvelles conditions, comment nous adaptons nous ?
  5. “Garder” un local demande beaucoup d’énergie. L’institution nous paralyse  et nous met dehors. On se pose la question des apprentissages et de la transmission pas seulement à l’école. On transmet les peurs au quotidien dans les institutions. Comment faire pour que ce soit une rencontre mutuelle ? Le problème du sécuritaire est qu’il est sensé nous rassurer, mais il porte quelque chose qui nous inquiète. Il crée une distance, grillages aux fenêtres, portes blindées… Si on met de la distance et de la séparation, on crée un fantasme. Faire l’expérience d’une nouvelle réussite.
  6. L’espace public n’est pas forcément public, il y a des espaces interstitiels qui appartiennent aux sociétés de HLM et et dont les règles peuvent être plus ouvertes que celles érigées par la commune. C’est la préoccupation du bailleur. A la fin du XIXe, les bourgeois retirent leurs enfants de l’espace publique.Il y a une diabolisation des enfants d’ouvriers. La conception très française a clivé privé et public à la révolution. Le privé, cela veut dire que l’Etat s’en décharge sur les familles. Aujourd’hui le Public veut rencontrer les familles, à l’école, au collège. C’est un renversement un peu inquiétant. L’école a été faite “contre” les parents. Aujourd’hui elle attend que les parents l’aident.

7 – Présentation de photos autour des ateliers de rue au Plessis Robinson.

8 ateliers réguliers chaque semaine se déroulent aux mêmes endroits dans des résidences. Le choix a été fait en fonction des habitudes de circulations des enfants. Qu’il pleuve, qu’il vente… Du mardi au dimanche

La démarche de pédagogie sociale s’appuie sur 3 pédagogues : P Freire, C Freinet J Korczak.

 

Des projets également à Grenoble, Saint Etienne et Paris XVIIIe, avec des espaces à cultiver, bacs, jardin, rucher, verger… Ils produisent. C’est une pédagogie par le travail. Le travail n’est pas un prétexte, il a beaucoup d’importance.

 

Une signalétique spécifique et légère indique le nom, le rythme et la gratuité de l’atelier. Les enfants écrivent des journaux et les affichent.

 

Ils ont un camion jardin d’enfants mobile pour les 0-6 ans. Ils ont inventé, choisi le matériel, conçu l’aménagement pour un chargement déchargement optimum. Ils ont aussi des grandes tentes très légères et une gazinière, accompagnée d’un seau et de savon.

Il s’agit de libérer les enfants des poussettes et des bras des parents. Les enfants sont “profitables”.

 

Nous cuisinons énormément. Tout le monde est intéressé. Nous récoltons des produits naturels. Beaucoup ont besoin d’apprendre à les cuisiner. Il y a des familles qui ne “cuisinent” pas un repas.

 

Nous abordons le problème de la sécurité, comme dans une famille raisonnable.

Nous préparons le goûter, pain, beurre confiture. Les enfants préparent et servent. Deux portent le collier de responsable. Et tous veulent le collier !

 

Nous utilisons aussi un cuiseur à bois. Faire le feu en sécurité, ça s’apprend. Le rapport au feu est un moment important.

 

Les ateliers d’expression corporelle se marient bien avec l’espace public. Un autre axe de langage. Plusieurs photos montrent les jeux symboliques, comme la dînette.

 

Le conseil permet aus enfants de vivre une assemblée où on s’écoute et fait des choses ensemble, le samedi après midi. Il y a un ordre du jour et un donneur de parole. Il y a des outils gestuels pour exprimer son accord, une demande de prise de parole…

 

Pour mener une animation, il faut être 2 au minimum. Interaction et observation. Tapis, caisse, outils.

Manifester sa joie, son affection, demander un câlin… Cela se produit tout à fait naturellement.

Les bénévoles ? Ils entendent parler, beaucoup disent qu’ils veulent et ils ne viennent pas ! ou ponctuellement. Il y a 5 permanents, une personne en service civile. La frontière entre usagers et bénévoles est très perméable.

 

Nous organisons un chantier de pédagogie sociale tous les deux mois, nous organisons des stages de formation pour répandre une manière de travailler et pour nous autofinancer.

 

Nous rencontrons partout le désir d’apprendre, de comprendre, de travailler.

 

On peut ramener les enfants vers les institutions, c’est une position assez courante. En fait, les enfants connaissent et utilisent à leur façon. Et il y a des lieux où ils ne se sentent pas chez eux. Nous essayons d’être autre chose.

 

Quand nous faisons la cuisine, les familles responsables préparent et elles vont garder une partie pour leur famille. L’association paie les ingrédients. Les publics se mélangent. Il s’agit bien de grandir ensemble, d’accepter les étrangers dans le quartier, de sortir des stéréotypes.

 

Plats végétariens, pain, et pizza, une photo montre une femme Rom apprenant à fabriquer un four à des jeunes filles de la cité voisine.

 

Financement ? L’agrément Espace de Vie Sociale, donné par la CAF ouvre droit à un forfait unique. Nous avons également l’agrément éducation populaire.

 

Dans le quartier, on accueille pas, on rejoint. Les enfants restent sous la responsabilité des parents. Nous ne demandons aucune autorisation pour intervenir sur l’espace publique. Une jurisprudence atteste que les parents ne peuvent nous chercher des poux là où ils n’assurent pas leur responsabilité. On vient ajouter de la présence et de la sécurité sur l’espace public.

 

Tout le monde voit ce que l’on fait. On réalise des objectifs qui sont marqués  et que les opérateurs ne savent ou ne peuvent pas faire. On demande aux familles d’adhérer. Et de signer une autorisation parentale pour l’année. On ne transporte pas les enfants qui ne sont pas adhérents.

 

Alain apporte cette réflexion judicieuse : l’expérience est plus qu’intéressante mais ce serait réducteur de la considérer comme seul mode d’intervention dans les quartiers !

Notes prises lors de l’intervention de Laurent Ott, jeudi 20 novembre 2014, à la Maison des Haubans, à Nantes

Prise de notes de Jeanne Vilbert

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